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Le cyberharcèlement chez les adultes: une enquête complexe

J’aimerais avertir le lecteur que ce texte a été écrit dans un objectif pédagogique, bien que non scientifique.  Même si l’intérêt en découle d’une expérience, le but n’est pas de viser qui que ce soit de façon malveillante.

Cet aspect de l’investigation a commencé à m’intéresser alors qu’un jour, je découvrais qu’on avait fait un faux compte Facebook avec mes photos.  Des photos n’étant pas publiques mais accessibles à mes contacts seulement.  Ce compte ne semblait avoir eu aucune utilité quelconque.  Rien d’épouvantable n’était publié et je n’avais eu vent d’aucune personne me disant avoir été interpelé par une personne se faisant passer pour moi, avec un autre nom.

cyber3Je ne soupçonnais personne, car qui peut bien perdre ainsi son temps alors qu’il ne semble pas y avoir de gain au bout de la ligne?  En contrepartie, on peut donc se mettre à soupçonner tout le monde puisque justement, rien de cela ne fait du sens.  Si ça ne peut être personne, ça peut être n’importe qui.  Déjà, même en restant pragmatique et en prenant la chose le plus légèrement possible, on perd du temps.  On perd du plaisir.  On se creuse la tête, mine de rien.  On soupçonne des gens.  Tantôt un.  Tantôt l’autre.  Juste ça, je vous le dit, ça peut user quelqu’un.

Je n’ai pas subi de grand tort avec cette histoire.  Par chance, ça s’est limité à cela, du moins à ce moment-là.  Mais il y a des gens qui ont vécu ce genre de choses à très grande échelle.  Si vous voulez un exemple d’une descente aux enfers, en voici une:

https://www.20minutes.fr/high-tech/2446847-20190211-cyber-harcelee-corbeau-harcele-reseaux-sociaux-empoisonne-vie-depuis-dizaine-annees

Mon faux compte a été supprimé parce que visiblement, on avait usurpé mon identité et c’était vérifiable (sans quoi le faux-compte subsisterait).  Toutefois, il aura fallu qu’une amie le signale pour moi car j’étais bloquée par le « faux-moi ».  Cette fausse identité est revenue de temps en temps, tel un corbeau (terme populaire utilisé pour désigner une identité anonyme qui harcèle), pour ensuite s’effacer ou recommencer sous d’autres URL et pseudonymes.  Car vous l’aurez deviné: supprimer le faux compte Facebook de quelqu’un qui veut vous nuire n’est qu’une craque de trottoir en terme d’embûche sur le chemin du détracteur.  Au niveau de la résolution du problème, c’est l’équivalent d’arracher une feuille à une plante indésirable.

Ce que j’ai réalisé toutefois, c’est qu’il est très, voir extrêmement difficile de repérer ce que l’on peut faire lorsqu’on vit cette situation et que finalement, on découvre qu’une boîte de Pandore s’ouvre. 

Que fait-on lorsqu’on découvre qu’en effet, une personne que l’on connait  décide, de manière sournoise et fantomatique, de vous enlever votre tranquilité?  Je précise ici qu’on parle d’adultes.  Parfois même des personnes que vous avez peut-être déjà aidé, donné de votre temps. 

cyber4Premièrement, ces corbeaux peuvent avoir l’air de tout sauf d’un corbeau.  On peut flairer de l’immaturité et on peut soupçonner quelques manquements dans la gestion des émotions.  Mais se créer de faux profils pour pourrir des discussions?  Traquer les gens sur le web?  Qui va vous croire?  Surtout lorsqu’on découvre que c’est parfois la pointe d’un iceberg.  Ces corbeaux peuvent magistralement coordonner de multiples identités dans lesquelles on débusque les liens, mais dans lesquels on peut aussi facilement s’y noyer.  C’est difficile à croire et on peut facilement être perçus comme étant la proie d’une paranoïa.  Moi et mon collègue Jean-Philippe avons pu le constater.  Nous sommes d’avis qu’il faut être minimum deux pour enquêter ce genre de phénomène car même en étant prudent et posé, on devient facilement très méfiant. Imaginez pour un adolescent ou pour une personne seule et/ou vulnérable?

Nous avons donc découvert qu’il est possible d’être un adulte en âge de vouloir se reposer et d’avoir des petits projets de vie et de plutôt passer plusieurs heures par jour à traquer et tromper par des moyens très difficiles à contourner.  Et si on cherche de l’aide pour le cyberharcèlement, l’entièreté des sites s’adressent aux jeunes.  Et ces ressources prennent souvent pour acquis qu’on CONNAIT l’identité du harceleur. 

Alors que peut-on faire lorsqu’un adulte harcèle un autre adulte sur les réseaux sociaux, avec de fausses identités et de manière détournée? 

À priori, rien.

On ne peut pas prouver qui est derrière ça tout comme on ne peut pas, bien entendu, obtenir des adresses IP.  Les messages qui visent ses victimes sont formulées publiquement et délicatement dans le but de nuire.  Il vient même qu’on se méfie de chaque demande d’amitié.  Or, on peut voir ce genre de corbeau, lentement mais sûrement, s’acoquiner de ses contacts Facebook et là, on se dit que ça devient assez grave.  Car rendu là, on ressent le besoin de mettre en garde les gens mais ceci implique que l’on rentre dans la même spirale: parler en mal de quelqu’un que les gens ne connaissent même pas.  Du gossip.  On repassera pour le professionnalisme…  Qui suis-je moi pour dire que cette personne est toxique?  Et qui va me croire?  En plusieurs jours d’analyse, nous avons nous-même mis du temps à admettre que certains réseaux de corbeaux peuvent avoir une ampleur difficile à croire. 

Par mon expérience, lorsque je parlais de ce faux-compte et du phénomène de corbeaux, les gens étaient soit très peu intéressés, peu interpelés ou alors incrédules.  Notre empathie est parfois egocentrée: nous avons tous déjà testé notre méchanceté mais nous avons su nous arrêter lorsque nous sentions que cela pouvait aller trop loin, ce qui fait qu’on n’a pas toujours le réflexe de concevoir qu’il soit possible que quelqu’un s’en prenne à nous avec persistance.  Aussi, les gens à qui ont en parle ne mesurent pas toujours l’ampleur des dégâts que cela peut causer.  Ou encore de l’aide qu’ils auraient pu apporter.  Les gens veulent aussi se faire leur propre idée car on apprend également qu’il est important de ne pas se fier qu’aux dires des autres.  D’une autre part, il y a des victimes qui en souffrent probablement mais qui, d’une certaine façon, sont soudoyés par ces agissements car ils représentent une marque de commerce ou parce qu’ils sont connus publiquement.  Ils ne veulent pas envenimer le problème car le prix à payer est inestimable: une carrière, une image.  Ils vont donc baisser les bras car riposter risquerait de donner l’impression à l’harceleur qu’on monte dans le ring de boxe.  Imaginez avoir une entreprise bâtie à la sueur de votre front et qu’un réseau de faux comptes manipulé par une seule et même personne décide d’écrire des avis de livraisons non-complétées et des commentaires mensongers sur vos produits?  Et ce sans relâche.  Facilement et lâchement, quelqu’un peut empoisonner votre existence.  Parfois, on se demande même si cela peut entrer dans la définition d’extorsion puisque le but semble être celui de vous voir capituler, s’effondrer.  Après tout, la définition du Code Criminel de l’article 346 (1) explique bien que l’extorsion ne vise pas nécessairement un gain financier ou autre mais aussi l’obtention de « quelque chose » ou encore « de faire accomplir quelque chose ». 

Pourquoi avons-nous cette impression qu’ignorer un corbeau va l’alimenter et que de réagir à un corbeau va également l’alimenter?  Et si nous, adultes, avons l’impression qu’il n’y a RIEN à faire, que va-ton dire à nos enfants si cela leur arrive?  C’est donc de dire que le harcèlement est criminel MAIS que celui qui est fait de la façon la plus facile et hypocrite est une cause perdue pour laquelle nous ne pouvons qu’endurer?  C’est là que moi et Jean-Philippe avont décidé de réagir.  Non.  Il faut se faire un tutoriel pour ce genre de situation.  Nous refusons de penser qu’il n’y a rien à faire. 

Les sites web qui m’ont emmené le plus efficacement vers les liens pour les ressources d’aide sont ceux de François Charron et de la Sûreté du Québec.  J’ai aussi investigué la question par rapport à Facebook.

cyber5Ne pas mentir sur sa véritable identité est une règle de base chez Facebook, mais avouons qu’il y a de sérieuses lacunes quant à la protection de ses usagers.  Nous pouvons bloquer un profil, bloquer des messages et ils ont aussi une section qui proposent des comportements à adopter lorsqu’on est victime d’intimidation.  Ils suggèrent entre autre de ne pas se venger, cela va de soi mais aussi de documenter et conserver des preuves notamment à l’aide de captures d’écran.  Pour ce qui est de l’extrême facilité de s’ouvrir des comptes à qui mieux-mieux sans établir sa véritable identité, on repassera.  D’ici là, ils proposent l’outil de reconnaissance faciale dans les paramètres de compte afin de débusquer l’utilisation de vos photos.  Toutefois, cette fonction semble controversée à quelques niveaux.  Je ne suis pas en mesure de vous dire si cela fonctionne bien ou non.  Seules les forces de l’ordre peuvent soumettre une enquête à Facebook.  C’est là qu’on débarque sur les sites tels que la Sûreté du Québec.  Il y a en effet quelques précisions à ce niveau.  Bien sûr, aucune des situations présentées ressemblent à celle que l’on décrit ici mais nous pouvons toutefois comprendre que les victimes doivent se documenter avec les pseudonymes, les URL, les captures d’écran, les forums et les courriels.  Donc, j’en déduis qu’il est peut-être possible, par le biais de leurs interventions, de monter un dossier qui peut être possiblement soumis à l’étude de la part de Facebook.  De quelle façon et à l’aide de quels critères?  Cela reste à voir.  On peut aussi y retrouver le lien vers Cyberaide, spécialisé dans les leurres d’enfants sur internet.  Cette ressource, je le sais, agit d’une façon concrète et professionnelle.  Les signalements se font en ligne et les enquêteurs traitent ensuite les cas en fonction de la loi.  C’est ce genre de ressources que nous espèrons voir se développer dans le futur pour le harcèlement en général, même chez les adultes.  Il ne faut pas oublier qu’un adulte est parfois un parent et qu’un corbeau qui lui nuit peut nuire indirectement aux enfants par toute la méfiance, la fatigue et les tracas qui en découlent.  En revanche, le site de la Sûreté du Québec a une plate-forme de demande d’information en ligne.  Ce n’est pas pour soumettre un cas mais ils peuvent peut-être apporter des précisions à vos questionnements.  Ensuite, il s’agit de documenter et d’aller au poste de police concerné pour soumettre son dossier d’harcèlement.  Pas facile à faire.  Va-t-on être pris au sérieux?  Il s’agit probablement d’expliquer les dégâts que cela occasionnent et que vous ne voyez plus la lumière poindre à l’horizon… 

aideEt que peut-on faire nous, adultes, pour se protéger par nous-mêmes?  Il faut malheureusement enquêter et idéalement être épaulé par au moins une autre personne de sang-froid pour nous aider à faire des liens.  L’idée ici n’est pas de traquer de la même façon que l’autre procède mais bien de chercher des similitudes afin de s’assurer et de confirmer certains doutes quant à l’identité du corbeau.  L’idéal serait qu’une ressource de professionnels soit disponible pour les citoyens mais ça ne semble pas encore être le cas.  Il faut admettre que c’est complexe.  Il est aussi question d’éviter l’esprit de vengeance.  Bien que ce comportement vous importune, voir même vous enrage, il ne faut pas perdre de vue que la personne qui vous harcèle éprouve des prolèmes.  L’idée ici n’est pas de dédouaner les gestes mais bien de comprendre que la source découle d’un problème que nos détracteurs vivent.  Le problème peut sembler provenir du web mais à une autre époque, ce genre de choses se traduisaient autrement.  Je me rappelle notamment d’une copine dans mon enfance qui, suite à une querelle, avait sonné à ma porte des dizaines de fois par jour avant de s’enfuir, réveillant mon père qui travaillait de nuit ou de soir et ce pendant des semaines.  Sonner à la porte.  Et je vous le dis, ça peut rendre fou. 

Forcément, il y a un problème derrière ce comportement.  Et nous ne sommes pas psychologue mais on a affaire à quelqu’un qui a besoin d’aide. 

Est-ce qu’un corbeau sur internet agit par vengeance, par jalousie, par obsession, par carence?  On ne le sait pas.  Mais l’idée est de démontrer à cette personne que nous ne laisserons pas faire et ce en adoptant les mêmes gestes d’usages que nous pourrions entreprendre envers un proche pour qui on s’inquiète.  À prime abord, il faut être convaincu que l’on sait qui nous harcèle et qu’il s’agit bien d’un harcèlement qui nous porte préjudice et qui mine notre quotidien.  Et encore là, il faut garder en tête dans nos écrits que ce n’est pas établi objectivement, puisqu’on parle d’identités forgées de toutes pièces.  Selon moi, avertir un membre de la famille de l’harceleur pour expliquer la situation peut être délicate mais à considérer.  Pas un ennemi mais bien une personne proche, de confiance.  L’idée n’est pas de rendre des comptes mais bien de s’assurer que la personne recoive possiblement de l’aide ou du support.  Comme ce type d’harcèlement ne peut pas faire l’objet d’une poursuite puisqu’il y a probablement absence de preuve sur l’identité, j’hésite à suggérer une mise en demeure pour demander à la personne de cesser son harcèlement.   Je ne suis pas spécialiste.  Toutefois, je crois qu’il est possible d’envoyer un courriel demandant un accusé de réception ou une lettre enregistrée qui explique poliment à la personne que vous croyez qu’elle vous harcèle et que si cela persiste, vous devrez envoyer votre dossier documenté au corps de police concernée.    

Le jour arrivera où les règles de sécurité pour ouvrir un compte seront resserrées et bien que les adresses IP ne soient pas disponibles, je garde espoir que Facebook permettra un jour à ses usagers de soumettre ce genre de dossier pour le moins complexe.  Car l’idée n’est pas de se faire justice et de savoir de qui il s’agit mais simplement de bénéficier de son droit de vivre son quotidien sereinement, comme il se doit. N’oubliez pas que Facebook conserve tout.  Ce que vous effacez, ils l’ont en archives et bien plus encore.  Dans les enquêtes policières, des technologies récentes ont fait prendre des criminels d’autrefois dans le détour.  Il pourrait en être de même pour les harceleurs sur le web.  Ils se sentent présentement en toute puissance.  Ils ont peut-être même un beau tableau Excel pour mieux orchestrer cette vie qu’ils ont choisi.

Peu importe la ruse qu’il utilise aujourd’hui, ce sera peut-être l’incriminé de demain.

Je retourne maintenant à mon aide aux familles, dans ma réelle zone de confort.  À bientôt.

Un gros merci à Jean-Philippe et à mes amis proches qui m’ont aidé dans cette quête.

Sachez que je suis ouverte aux opinions et que si je fais erreur sur quoique ce soit, j’en serai fort heureuse de recevoir ces précisions si difficiles à obtenir.

 

Et pour les plus jeunes, voici quelques liens à retenir pour contrer la cybercriminalité:        

https://www.sq.gouv.qc.ca/services/prevention/

https://spvm.qc.ca/fr/Fiches/Details/Cybercriminalite

https://www.facebook.com/safety/bullying

https://www.cyberaide.ca/app/fr/

https://habilomedias.ca/

https://needhelpnow.ca/

https://www.prevnet.ca/fr/intimidation

 

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