cas divers

La fin mouvementée d’un enfant de la réforme

photo Alain (1)
La Presse, 12 janvier 1953, BAnQ

C’est arrivé le 11 janvier 1953.  La veille, un groupe de délinquants mineurs (sauf pour le chef de la bande), s’étaient donné rendez-vous au parc Morgan, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.  Le doyen avait pour objectif de voler une voiture, ce qu’ils ont fait sur une petite rue entre Adam et Lafontaine.  Après s’être promenés durant quelques heures, ils se sont dirigés vers ce qu’ils appelaient à l’époque « l’école de réforme » de Tétreaultville, soit le Mont Saint-Antoine, aux coins des rues Sherbrooke et Liébert.  Connaissant les lieux pour des raisons évidentes, ils savaient où se trouvaient certains objets convoités.  Les deux plus vieux sont entrés, laissant le plus jeune du groupe surveiller les lieux et cela durant un long moment.  Ils en sont ressorti avec une boîte d’argent et une bouteille d’alcool.  Toutefois, deux agents du poste du quartier Tétreaultville allaient vite les repérer et partir à leur rencontre.  Appréhendés par les constables Jean Leclerc et Paul-Émile Lessard, ils seront embarqué dans la voiture-patrouille afin de les emmener au poste non loin de là.

Une fois dans le véhicule, Jean-Guy Alain décida de faire feu en plein visage d’un des agents pour ensuite prendre la fuite.  Tirée à bout portant, la balle a traversé la joue du policier pour en ressortir par sa bouche.  Malgré cette blessure grave, l’agent et son collègue ont eu le réflexe de sortir de la voiture même si celle-ci était encore en marche.  Le constable blessé s’est mit aux trousses d’Alain, qui lui, fuyait avec l’arme dirigée vers les policiers.  Lessard et Leclerc disent avoir tiré chacun trois coups dans sa direction.  Parmi ceux-ci, Alain a été atteint en plein front.  Durant ce temps, un des comparses s’était caché sous la voiture-patrouille, qui elle avait roulé toute seule pour finir son chemin dans un banc de neige, sur le côté est du terrain de l’église Sainte-Claire.  Il était alors 4h30 du matin.  Le troisième accusé avait été appréhendé chez lui un peu plus tard.

coroner
Extrait de l’enquête du coroner, BAnQ Vieux-Montréal (tp12s2ss26_19530111)

Certains journaux diront qu’Alain a rendu l’âme dans les marches de l’église.  Si tel est le cas, ce serait les marches sur le côté de la rue Pierre-Tétreault mais le rapport d’événement de la police contenu dans l’enquête du coroner ne m’apporte pas de précision à cet effet.  Ce rapport était signé par le tristement célèbre ancien chef de police Armand Courval.  Et selon les documents officiels, le jeune Jean-Guy ne serait pas décédé sur le coup mais bien deux heures plus tard à l’hôpital Notre-Dame, bien que la balle ait traversé sa tête de part en part.  Quant au policier blessé, il s’était réfugié chez un voisin sur la rue Azilda pour ensuite être emmené à l’hôpital Saint-Luc où son état s’améliorera de jour en jour.

lessard
La Presse, 12 janvier 1953, BAnQ

bande.pngDans les témoignages, la soeur de Jean-Guy Alain dira que leur famille a appris sa mort à la radio vers 14h00.  Quant au plus jeune comparse, qui n’avait que 15 ans, son témoignage concorde avec ceux des policiers.  À un certain moment, le coroner le questionne quant à une «discoloration» au visage, ce à quoi le jeune a répondu avoir reçu un coup de poing de la part d’un détective.

vol char
Le Canada, 11 octobre 1950, BAnQ

Suite à l’enquête du coroner, menée par R.L Duckett ainsi que l’autopsie faite par Rosario Fontaine, l’agent fût exonéré de tout blâme puisqu’il aurait agit en légitime défense.  Quant aux autres voyous, ils furent traduit en justice quelques mois plus tard, avec plusieurs autres chefs d’accusations et de vols antérieurs que l’enquête avait débusquée.  Ils auraient commis une tentative de meurtre sur Mme Maure qui tenait un commerce au 3048 rue Des Ormeaux.  Malgré son jeune âge, Jean-Guy Alain, du 4520 Adam, n’en était pas à son premier mauvais coup.  En 1950, il faisait l’objet d’un article dont le singulier titre était « Vols en série après un soir avec sa blonde! ».

C’est ainsi que se terminait abruptement la carrière criminelle d’un jeune délinquant de 21 ans.  Et bien que décédé à l’âge de 58 ans seulement en 1975, l’agent Lessard avait bel et bien survécu à cette dramatique altercation.

 

___________________________________________________________________________________________

Sources:

  • Généalogie Québec
  • BAnQ numérique et BAnQ Vieux-Montréal

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s