Sur ta rue

Ça s’est passé chez Woolworth

Avant de plonger dans les faits divers, voici un peu d’histoire, comme d’habitude. Les magasins Woolworth’s furent fondé en 1878 par un certain Frank Winfield Woolworth. Cet homme d’affaires new-yorkais a su en faire une des plus importantes chaînes de commerces de détails du 20ème siècle. Déclinant progressivement dans les années 80, Woolworth fermera ses portes en 1997 et sera racheté par la chaîne de boutiques de sport Foot Locker.

American Woolworth heiress Barbara Hutton (1912 – 1979) with New York golfer Robert Sweeney, in Palm Beach. (Photo by Keystone/Getty Images)

Ce segment ennuyant étant dit, sachez qu’une affaire nébuleuse réside dans la famille Woolworth. La femme du fondateur, Edna Hutton, est tragiquement décédée en 1917. On dit qu’elle s’est suicidée à l’aide d’un poison mais l’affaire aurait été camouflée en une mort accidentelle pour éviter le scandale. C’est la fille du couple alors âgée de 6 ans qui avait découvert le corps de sa mère. Cette fille, Barbara Hutton, a hérité du nom «Poor little rich girl» en raison d’une vie dont le destin ne rime qu’avec tristesse. D’abord délaissée par son père après le décès de sa mère, elle ne trouvera jamais le bonheur en dépit des quelques 30 millions de dollars dont elle héritera. Elle va se marier sept fois et chacune de ces unions finira en divorce. À cette liste on compte 2 princes, un simili-prince, un comte, 1 baron et l’acteur Cary Grant. Ce dernier sera apparemment le seul qui l’aura aimé sincèrement tandis qu’avec plus d’un de ces époux, elle connaitra la violence conjugale et l’extorsion de sa fortune. Ces échecs contribueront à la faire sombrer dans l’anorexie et la dépendance aux médicaments. En 1972, son fils unique mourra tragiquement dans un accident d’avion. C’est en 1979 qu’elle décède à son tour d’un infarctus après cette vie de luxe dans laquelle elle aura vécu de nombreuses embûches.

Les faits divers

Mes trouvailles se composent uniquement d’INFRACTIONS CRIMINELLES MANQUÉES. Je vais donc les diviser en sous-catégories que voici.

Ceux qui se sont donné la peine

Le Droit, 20 mai
  • En 1940, deux cambrioleurs pénètrent dans le Woolworth de la rue Rideau à Ottawa par le puit de lumière munis d’un éventail d’outils, ce qui demandait fort probablement une certaine gymnastique. Une fois à l’intérieur, ils réussissent à éventrer le coffre-fort. Toutefois, ils se font prendre quelques heures après avoir commis leur forfait. Il est à noter que peu de temps avant, cette même succursale se faisait dépouiller de 2400 paires de bas de soie par un cambrioleur montréalais.
  • Un 1972, Georges Hamel est activement recherché pour vols à main armée et pour évasion de la prison municipale. Un vrai dur à cuire qui cambriolait même les commerces où il était un habitué. C’est toutefois à la cantine du Woolworth de la rue Masson qu’il se fera arrêter. Décidé à retrouver sa liberté, il va même tenter de s’évader du Palais de justice en créant un gros trou dans le plafond, derrière un luminaire. Se retrouvant en toute logique à un étage supérieur, il lui aurait fallu percer un autre plafond, cette fois en béton, pour continuer ce laborieux chemin. Il est donc carrément revenu penaud dans sa cellule devant le regard fort probablement amusé des gardiens.
La Presse, 3 mai 1972, BAnQ

Ceux qui ne se sont pas donné la peine

  • En 1933 à New York, deux bandits reviennent fâchés et bredouilles d’un hold up dans un Woolworth au cours duquel le gérant n’avait que de l’argent en pièces à leur donner, faute d’avoir des billets. Toutefois, c’était un sac plein de rouleaux dans lesquels il y avait 1500$, ce qui équivaut aujourd’hui à 29 000$… Ça n’a pas dû être facile pour eux de lire cette nouvelle dans le journal le lendemain.
  • En 1978 à Shawinigan, un homme entre chez Woolworth et demande le chemin pour le rayon des jouets. Il s’empare d’un revolver en plastique chromé et à la menace de celui-ci, ordonne à la caissière de lui donner l’argent. Comme il s’était aisément renseigné au sujet de la rangée des jouets, on se le rappelle, le directeur du magasin a vite su que le bandit ne possédait pas une véritable arme. Il s’est donc élancé à sa poursuite pour l’empoigner par le collet et le faire arrêter par la police.
Le Nouvelliste, 7 avril 1978, BAnQ

Les audacieux

  • En 1951 à Sudbury, deux bandits se faisaient prendre à voler une voiture qui contenait une forte somme d’argent destinée à payer des employés. C’est suite à cette arrestation que les enquêteurs ont fait le lien entre ces deux hommes et un vol commis peu de temps avant dans un Woolworth de Hull. Les deux gars étaient entré dans le magasin pour soi-disant acheter des contenants thermos. Une fois à l’intérieur, ils se sont affublé d’un… masque de fausse-lunettes-nez-moustache avant de commettre leur hold up! La question est: POURQUOI. Pourquoi avoir enfilé ces lunettes APRÈS vous êtes présenté de toute façon à visage découvert? Et si toutefois c’était pour ne pas être reconnu en prenant la poudre d’escampette: comment courir sans que le dit-masque ne prenne le bord ?
Article: Le Droit, 3 avril 1951, BAnQ
  • En 1954, un certain Guy Michaud dévalise une caisse du Woolworth de la rue Notre-Dame a Victoriaville. Une chasse à l’homme s’entreprend. La police le retrouve en train de déambuler normalement non loin de là. Une fois au poste, il s’évade par une fenêtre. La chasse à l’homme reprend. Un constable aperçoit le fuyard et tire des coups de feu dont un atteint la cuisse du prévenu. Qu’à cela ne tienne, Guy poursuit sa fuite. Près du restaurant les Quatre As, deux citoyens font une jambette au bandit et le maintiennent jusqu’à l’arrivée des policiers. Guy Michaud travaillait dans un cirque de passage en ville et il était un criminel multirécidiviste depuis 1937.

L’inclassable

  • En 1971, aux Galeries de la Canardière à Québec, un voleur s’attaquait à un homme qui sortait du Woolworth pour lui voler son sac, croyant que ce dernier était un commis qui devait aller déposer les recettes de la journée. Il s’agissait plutôt d’un client qui venait tout juste de s’acheter quelques sous-vêtements dont il venait de se faire dépouiller. À ce moment-là, on cherchait encore l’assaillant dont la description était un homme aux cheveux longs portant des lunettes fumées et des habits noir. En cas que ce ne soit pas résolu, j’ai créé un portrait à cet effet. Et à ceux qui voudraient s’en moquer, sachez que ce portrait est plus juste que les images de caméra de surveillance de 2020.
Article: Le Soleil, 14 juin 1971, BAnQ

Prochain commerce déchu: Steinberg

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Image de couverture, source: Woolworth de la rue Notre-Dame est Robert Carrière avec la collaboration de Chantal Fontaine.

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