Sur ta rue

Sur ta rue, il s’est passé… Sherbrooke Est, Centre d’achats Champlain.

Je poursuis ma quête de faits divers dans les rues de nos quartiers et cette fois, on se déplace dans l’est de la métropole.

 

ouverture
La Prese, 21 septembre 1953, BAnQ

En 1953, un nouveau centre d’achats était inauguré pour désservir les gens du quartier, dont le Village Champlain qui était en développement.  La structure de ce centre commercial est restée la même depuis ses débuts: deux gros locaux aux bouts d’une bande de petites boutiques avec un passage au milieu.  La Banque Toronto-Dominion y est depuis 1953 et ce, au même endroit.  Là où se trouve le Dollarmax a autrefois abrité un luxuriant Steinberg et aussi plus tard, un Brault et Martineau.  Quant à l’emplacement du Bulk and Barn, il y avait un Woolworth’s.  

 

Même s’il semblait n’y avoir rien sur le terrain avant la construction et que le registre foncier antérieur ne m’en dit que très peu, j’ai retracé tout un tas de faits divers aux archives.

montage champlain
Magazine Architecture, Novembre 1953, BAnQ

 

Le pitou de Michel Louvain

J’aimerais d’abord éveiller l’acuité des citoyens de Tétreaultville quant à la disparition du petit chien Rico, de Michel Louvain.  Dans le Télé-Radiomonde du 6 juin 1970, Michel lançait un cri du coeur afin de retrouver son chien, perdu au centre d’achats Champlain.  Comme je ne retrace pas l’heureux dénouement tant convoité, je ne peux que croire que cet avis est encore en vigueur.

Rico

Hold up au Steinberg

Vernon2
La Tribune, 20 janvier 1962

En juin 1958 avait lieu un vol peu ordinaire au Steinberg.  Un homme est entré dans le commerce mais avant même d’annoncer sa requête, soit de prendre le contenu de la caisse, il a tiré immédiatement sur le gérant, M. Lucien Lamarche.  Un manque de chronologie dans son objectif, faut croire.  Non seulement l’épicerie était remplie d’une centaine de clients dont plusieurs ont pu identifier le prévenu, M. Lamarche ayant été atteint à l’épaule a pu aider les enquêteurs à faire arrêter l’assaillant, expliquant d’ailleurs qu’il ne pourra jamais oublier son visage (La Presse, 15 janvier 1959).  L’accusé, Malcom Vernon Long, était aussi recherché pour un meurtre commis dans le centre-ville en novembre 1958 sur Jimmy Fane. Originaire du Nouveau Brunswick, il a été arrêté à Halifax en Nouvelle-Écosse.  Étant scaphandrier de métier, on pouvait lire sur les grands titres que l’homme-grenouille était enfin arrêté!  Long avait été représenté par un grand criminaliste de l’époque, Me Lawrence Corriveau.  J’ai retracé sa photo d’arrestation et, bien que subjectif comme information, j’aimerais ajouter qu’elle fait dorénavant partie de mon top 10 des mugshot d’individus avec lesquels je ne tenterais point de niaiser.

passage
Le Steinberg et le passage du milieu, Magazine Architecture, Novembre 1953

Des employés pas fiables

mains en l'air2En 1954, un des plus grands hold up avait eu lieu à la Banque Toronto Dominion.  C’était le plus gros cambriolage depuis le légendaire vol de la Banque d’Hochelaga en 1924.  Le 4 août, Ovila Bourdeau, caissier de la succursale, ouvrait la porte à deux hommes, « ne se doutant pas » que ces derniers avaient pour but de commettre un hold up de 36 000$ durant lequel des gens auraient été séquestrés et malmenés.  Une caissière confiera à La Presse, édition du soir de la même journée, qu’ils l’auraient empeché de baisser les bras pour s’allumer une cigarette…  M. Bourdeau se serait lui aussi confié au journal, se montrant victime dans cet attentat au cours duquel il aurait eu à ouvrir le coffre-fort sous la menace des bandits.  Touefois, on apprenait peu de temps après que le caissier était ni plus ni moins de mèche avec les voleurs ainsi qu’avec les deux femmes complices qui attendaient dans la voiture.  Durant leur arrestation, les deux femmes se seraient montrées taquines et arrogantes, probablement influencées par le comportement de Gertrude Servant, criminelle notoire ayant fait les manchettes un an auparavant.

montage hold up.png
Les accusés: Claire Shareck, Marcelle Cadotte, Ovila Bourdeau et Albert Couture (Hugo Bellavance et Jean-Guy Pelletier absents sur les photos)

 

Si on regarde ce qui s’est passé ultérieurement avec ces individus, on peut retracer une récidive du côté d’Hugo Bellavance.  On peut lire dans La Presse du 26 décembre 1960 que ce dernier, avec des complices, avait cambriolé un restaurateur en lançant du poivre (ordinaire… pas de cayenne) au visage de celui-ci pour s’emparer des 68$ de la caisse.

Quant à Claire Shareck, elle a été accusée en 1963 d’une introduction de domicile dans le but de commettre un vol et aurait aussi menacé les occupants à la pointe d’un couteau. (Le Nouvelliste, 23 octobre 1963)

Et finalement, on peut constater, grâce à la généalogie et à cette drôle d’époque suggérant que les journaux mentionnent constamment l’adresse des gens, que notre jeune Ovila Bourdeau s’est marié en mai 1958 à l’église Sainte-Louise de Marillac, à quelques pas de la Banque.  Ironiquement, cette église fût construite l’année du hold up pour créer la paroisse du Village Champlain, quartier pour lequel on avait planifié le centre d’achats.  Bourdeau ne résidait pourtant pas dans le quartier Tétreaultville puisque son domicile était sur la rue Montsabré…

couche-tard
Point de vue du centre d’achats, là où se trouvent maintenant le Couche-Tard et le Jean-Coutu

En 1956, cette fois, un vol de coffre-fort avait eu lieu durant la nuit au magasin Handy Andy store.  Le coffre avait été ouvert sans être forcé mais on avait laissé un sac d’outils à côté dans l’espoir de faire croire à une job professionnelle.  En fait, seuls le gérant et l’assistant-gérant connaissaient la combinaison.  Henri Cloutier, l’assistant, a subi un petit interrogatoire durant lequel il a rapidement avoué son crime.  Lui aussi avait été représenté par un criminaliste réputé; Me Raymond Daoust.

 

Brasserie Le Champlain

champlain meurtreComment ne pas passer par la fameuse Brasserie Le Champlain, avec ses innombrables altercations, d’hier à aujourd’hui?  Notons d’abord un double meurtre à la carabine, visiblement lié à un règlement de compte.  Une des victimes, un dénommé Lavoie, avait été la cible d’une tentative de meurtre à Pointe-aux-Trembles un an avant, apparament au cours d’une rivalité au sein des Devil’s.  Le frère de cette victime, Paul Lavoie, est décédé en 1975 lors d’un règlement de compte dans un bar au coin des rues Desormeaux et Souligny.

En 1988, Martin Simard, 19 ans, avoue avoir été complice dans une explosion à la dynamite commise à la brasserie alors qu’il était interrogé pour d’autres délits semblables.  Toutefois, il aurait bénéficié de la «défense Chapeleau» qui consiste à une inadmission de la preuve en raison de sévices corporels que Simard aurait subi durant cet interrogatoire.

Outre les multiples bagarres et hold up, on peut remarquer plus récemment une agression raciste ayant eu lieu en 2002.  Deux skinheads auraient battu et poignardé un jeune haïtien et auraient quitté les lieux en mimant un salut nazi.  Les accusés se verront par la suite obligés de verser 50 000$ en dommages à la victime grâce à l’aide du C.R.A.R.R (Centre de Recherche-Action sur les Relations Raciales).

Il est à noter que malgré ces multiples incidents, cette Brasserie a aussi connu de beaux moments et une clientèle fidèle à travers plusieurs décennies.

browns photo
Intérieur de la Brasserie Champlain, à l’époque des débuts du centre commercial.  On y trouvait alors un chaussures Brown’s.

 Les petites annonces!

Je termine avec mes traditionnelles petites annonces…  D’abord avec celle de l’ouverture du Steinberg, qui témoigne de ces années où les adjectifs se voulant invitants ne cesseront de nous surprendre.  À cette époque où on pouvait lire «Repas complets» ou «Licence complète» pour nous inviter dans un delicatessen, le Steinberg nous titillait avec un «Royaume de comestibles».  Comestible est un mot pour définir un aliment propre à la consommation humaine.  C’est toujours bien la base…

comestibles

Ici, on a cette annonce classée d’un individu tanné de se faire prendre pour un des voyous du vol de banque.  C’était fréquent à l’époque.  Or, un des deux tristement célèbres tueurs du Pont Jacques-Cartier avait un frère jumeau et victimes de représailles, ce dernier avait lui aussi payé pour une telle annonce.  On était encore à un peu plus de 60 ans avant le statut-Facebook-à-partager pour éviter que les gens se confondent…

voleur
L’Étoile du Nord, 10 novembre 1954, BAnQ

 

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Références des articles:

Merci d’abord à feu Robert Carrière, à Robert Gingras et les autres excellents historiens de Tétreaultville, de nous offrir beaucoup de belles archives surprenantes sur le quartier.

Hold up de la Banque T.D:

  • La Presse, 4 août 1954, BAnQ
  • Le Canada, 5 août 1954, BAnQ
  • Le Canada, 17 août 1954
  • Généalogie Québec pour retracer la suite pour les individus

Malcom Vernon Long:

  • La Presse, 15 janvier 1959, BAnQ
  • La Tribune, 12 décembre 1958, BAnQ
  • La Presse, 8 décembre 1958, BAnQ
  • La Presse, 13 juin 1958, BAnQ

Vol du coffre-fort:

  • La Presse, 15 novembre 1956, BAnQ

Événements survenus au Bar Champlain;

  • Le Devoir, 11 juillet 1975, BAnQ
  • La Presse, 26 novembre 1976, BAnQ
  • La Presse, 8 février 1989
  • La Presse, 8 août 2006, BAnQ

Photos du centre d’achats dans un reportage du Magazine Architecture, édition de novembre 1953, aussi disponible en version numérique sur BAnQ

 

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