Sur ta rue

Sur ta rue, il s’est passé… Laurier (entre Fabre et Marquette)

C’est en passant par certaines rues quotidiennement qu’il m’arrive d’avoir envie de connaître l’historique des faits divers.  Vous le savez probablement déjà mais tant de secteurs ont changé au niveau de la criminalité et aussi de la condition sociale.  C’est le cas notamment de bien des quadrilatères des quartiers Plateau Mont-Royal et Rosemont.

Je vais faire un topo de la rue Laurier, un peu avant qu’elle s’entrecoupe avec la rue Papineau.

Un éventail de hold up 

Des cambriolages, il y en a eu partout.  C’était très fréquent à une certaine époque.  La rue Laurier n’a pas été épargnée, si ce n’est qu’elle a carrément subi un mauvais sort!
En 1938, au 1551, René Godin se faisait prendre le contenu de sa caisse.  En 1950, un pharmacien se voyait dépouillé de 9$ par un individu le menaçant avec un revolver-jouet.   À la même adresse, cette fois en 1960, le pharmacien Willie Toupin subissait le même sort.  Probablement endurci comme j’en vois souvent dans les archives de journaux, le propriétaire avait ni plus moins conversé avec le voleur en lui offrant de venir se servir lui-même, tant qu’à y être.  Toutefois, le bandit lui avait sommé de retirer l’argent, sous la menace de son arme à feu.

Le 1557 Laurier (maintenant le commerce Hachem) a aussi logé des pharmacies.  En 1971, la pharmacie Bélanger  se fait dépouiller de ses avoirs mais le bandit sera arrêté un peu plus loin et on récupérera son arme, son bas de soie (!) ainsi que l’argent du méfait.  Toujours au 1557, cette fois en 1981, la pharmacie Tremblay recevra la visites de deux individus armés d’un revolver.

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L’Action, 30 juillet 1964, BAnQ

Mon bandit le plus spectaculaire de ce tronçon de la rue Laurier reste Adolphe Karchesky.  À la base, lui et son complice nommé Miller ont commis un hold up à la pharmacie du 1522 Laurier, en 1946.  Un classique comme les autres.  Mais ce vol fera parti d’une longue liste de 17 vols à main armé pour lesquels les deux individus seront parmi les plus recherchés de la métropole.  Lorsque arrêtés, ils n’auront curieusement pas un sous en poche.  C’est dans Le Soleil du 5 avril 1946 qu’on apprendra que lors du prononcé de leur verdict, les deux hommes vont semer un chaos total.  Criant à l’injustice, Miller va d’abord s’exclamer que le duo n’a toujours fait que voler, sans user de violence tout en se montrant toujours bons envers leurs « clients »!  Provoquant une absence totale d’attendrissement, l’accusé s’était alors rué sur deux agents, créant ainsi une bataille générale durant laquelle un homme va même être mordu à l’estomac.  Quant à Karchesky, il continuait de brandir le poing, même une fois immobilisé par les gardes.

Libéré en 1957, Karchesky sera arrêté à nouveau en 1958 pour un vol de banque.  Suite à cela, on le retrouve dans les archives en 1964, cette fois activement recherché par la Gendarmerie Royale pour évasion de la prison de Kingston.  Dans Le Devoir du 15 août, on le soupçonne d’être devenu un coureur des bois en Colombie Britannique!  On dit que lui et un complice auraient été vu en train d’acheter des «gréments» de pêche.  C’est toutefois la Sûreté de Montréal qui procédera à son arrestation chez un colocataire alors qu’il s’apprêtait à prendre tranquillement son petit déjeuner.  Il était alors en tête de la listes des criminels les plus recherchés par la GRC!

Le proprio de Foglia

Un cambriolage avait eu lieu aussi en 1930 au magasin de M. Richard au 1563 Laurier.  C’est toutefois une autre histoire à cette même adresse qui a attiré mon attention.  Dans une chronique dans La Presse du 5 janvier 1985, Pierre Foglia raconte que son propriétaire d’origine italienne, soit le Nettoyeur du 1563 (encore là aujourd’hui), lui demandait parfois lorsqu’il « descendait son loyer », si un jour il parlerait de lui dans le journal.  Foglia lui aurait alors demandé en quoi il parlerait bien de lui.  Parce qu’il est beau?  Gentil?  Un bon proprio?  Le commerçant lui avait alors répondu qu’il pouvait simplement dire qu’il peut habiller un homme pour tel montant, et sur mesure à part de ça, etc.  Pierre Foglia termine son billet en disant qu’il a bel et bien parlé de son proprio mais que la raison pour laquelle il l’a fait reste un secret…  Mystère à résoudre.  Je le «pin» sur mon board de liège.

Des résidents criminels

En 1936, Paul Lefebvre, du 1583 Laurier se faisait épinglé pour un vol de bois à St-Canut.

En 1963, Raymond Lebrasseur du 1604 Laurier, était arrêté pour un vaste rackets de vols de voitures.

Le vendeur de parfum

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L’Illustration Nouvelle, 11 nov. 1937, BAnQ

En 1937, au 1569 Laurier, la femme de M. Elphège Lamy recevait la visite d’un colporteur.  Il voulait lui vendre un parfum.  Refusant son offre, il insista pour lui faire sentir son produit.  Toutefois, elle tomba aussitôt dans les vapes et c’est son mari qui la retrouva ligotée dans la cuisine, profondément endormie.  Le plus étrange est que Madame Lamy n’aura subi aucun sévice physique et nul objet n’avait bougé dans la maison…

Corruption/politique

Dans Le Devoir du 6 août 1946, on apprend que M. Conrad Petelle, résident du 1578 Laurier, subissait son enquête préliminaire pour possession illégale de certificats d’élection.  Cela ne l’empêchera pas d’être cité 5 ans plus tard en août 1953 comme étant nommé secrétaire d’élection pour les libéraux dans Laurier-Mercier…

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Le Devoir, 6 août 1946, BAnQ

Mignon

mari fêteJ’ai remarqué, en entrant les adresses dans les archives, que Madame Juliette Robichaud du 1589 Laurier recevait une mention spéciale de la part de son mari pour son anniversaire, et ce à chaque année à partir du 9 juin 1936 (Illustration Nouvelle).  Mon équation est peut-être un peu simpliste mais j’ai l’impression que si on projette par équivalence cette attention, de 1936 à 2019 (en plus de conserver son prénom au lieu d’être affublée de celui de son mari) , nous sommes plusieurs ici à s’arracher Monsieur Robichaud.

Annonces de commerces

Pour terminer, je vous laisse avec des publicités de commerces:

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Roméo en 1958 et Majeau en 1941
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Cordes à linge (une des premières « automatique » à poulie) en 1955 et Sur deux roues en 1981

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Références:

Annuaires Lovell, BAnQ

Autres articles non-cités dans le texte:

La Presse, 11 octobre 1936, BAnQ (Paul Lefebvre)

Le Devoir, 29 mars 1946, BAnQ (Karchesky)

Le Devoir, 15 août 1964, BAnQ (Karchesky)

Le Canada, 10 novembre 1950, BAnQ (hold up Lajeunesse)

La Presse, 11 octobre 1963, BAnQ (Raymond Lebrasseur)

La Presse, 14 août 1953, BAnQ (Conrad Petelle)

La Presse, 5 janvier 1985, BAnQ (article de Pierre Foglia)

 

 

 

 

 

 

  

 

3 réflexions au sujet de “Sur ta rue, il s’est passé… Laurier (entre Fabre et Marquette)”

    1. J’ai vraiment essayé fort… Par une panoplie de mots-clés! Mais pas d’arrestation et pas de décès, je ne pense pas pouvoir trouver de traces aux archives judiciaires…

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